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DES CULTURES LIBRES NUMERO 1
Témoignages & Réflexions de celles et ceux qui font le Libre

Pour la première Journée Des Cultures Libres, j'avais voulu publier un document papier gratuit qu'on distribuerait aux gens, un petit fascicule contenant uniquement des textes originaux de contributeurs auxquels j'aurais fait appel.
Certains ont répondu positivement et après un travail éditorial de rigueur, cela a donné ce petit numéro de 16 pages photocopiés, contenant quatorze textes, dont la plupart sont des textes écrits suite à ma demande ou des inédits.
Le zine ayant été tiré à moins de 1000 exemplaires, on me l'a souvent demandé sous forme électronique. Ce sera donc sur la présente page que je publierai petit à petit l'ensemble des textes de ce N°0 papier.
Ces textes sont diffusés sous licence Creative Commons CC BY NC ND, sauf mention contraire.
Bonne lecture !
Taro
SOMMAIRE :
[publié] - Benjamin Bayart, la Liberté d'expression au 21e siècle (texte original et inédit)
[publié] - Roland C Wagner, Quelques conseils pour votre protection (texte original et inédit)
[publié] - Edito pour un numéro 1
[publié] - Jean-François Niffenecker, Logiciel Libre (texte original et inédit)
[publié] - Nina Paley, Comprendre les contenus libres (version française originale et inédite)
[publié] - Dana Hilliot, Free Music Philosophy, 15 ans après...
[bientôt] - Jean Peyratout, Pourquoi choisir le Libre dans l'éducation populaire ou à l'école ?
[bientôt] - Philippe Frémont, Solutions libres et administration locale à la mairie de Pessac (texte original et inédit)
[bientôt] - Taenia Solium, "Depuis que l'association Taenia Solium édite des disques..."
[bientôt] - bituur esztreym, Dogmazic story (texte original et inédit)
[bientôt] - Benoït Roudaut, Espace Infomédi@ (texte original et inédit)
[bientôt] - Dominique Godon, E.L.L.E. (texte inédit)
[bientôt] - Mehdi Fehrat, Initiation(s) en République de Centrafrique (texte original et inédit)
[bientôt] - Patrick Ricaud, C'est une blague ? T'as trouvé ça où ? — Sur freenet
[bientôt] - Nina Paley, Nina's Adventures (BD) (version française originale et inédite)

LA LIBERTE D'EXPRESSION AU 21e SIECLE
par Benjamin Bayart
Benjamin Bayart est le président de FDN (French Data Network), fournisseur d'accès internet associatif depuis 1992. Aux Rencontres Mondiales du Logiciel Libre 2007, il a fait une conférence remarquable et remarquée — la vidéo circule partout sur le web — intitulée Internet Libre ou Minitel 2.0 http://www.fdn.fr http://www.laquadrature.net
L'arrivée de l'imprimerie, à la fin du 15e siècles peut ainsi difficilement être détachée de la progression de la Renaissance, donc de la diffusion de la philosophie des Lumières, donc des révolutions démocratiques.
Pour faire simple, on peut dire qu'il y a une droite ligne entre l'invention de Gutenberg en 1454 et, par exemple, la loi sur la liberté de la presse de 1881.
Même si bien entendu une invention technique ne suffit pas pour expliquer quatre siècles de changements, elle était nécessaire.
Internet joue aujourd'hui un rôle similaire.
La comparaison peut se faire de manière simple ; d'abord parce que l'imprimerie n'est pas le savoir mais le moyen de diffuser le savoir. Internet n'est que le moyen de diffusion, le substrat.
Un autre moyen de comprendre le parallèle entre les deux est de dire que l'imprimerie a permis au peuple de lire alors qu'Internet permet, et va permettre, au peuple d'écrire.
Bien entendu, Internet, norme technique mise au point dans les années 70, n'est pas tout. Il se combine avec une très grande quantité d'autres éléments dont on ne sait plus dire s'ils l'ont engendré ou s'il les a engendré tant les liens sont ténus.
Un des secteurs où ce changement est le plus visible est le premier secteur à avoir été touché par ce changement: les logiciels, et en particulier les logiciels libres.
Technologie et structure de la connaissance
Internet et les logiciels libres sont indifférentiables, ils ont évolué en même temps, s'alimentant l'un l'autre. Et ont créé un modèle de développement, non hiérarchique, organisé en réseau d'égaux plutôt qu'en pyramide. C'est ce modèle qu'on retrouve en train de se dessiner dans d'autres domaines que les logiciels, au fur et à mesure qu'Internet et le numérique s'étendent.
La principale caractéristique d'Internet, par rapport aux autres réseaux téléinformatiques qui existaient déjà depuis longtemps, c'est d'être acentré. Internet n'a, par construction, pas de centre.
C'est une avancée technique, le rendant plus solide. C'est une avancée politique, le rendant difficilement contrôlable. Mais c'est aussi un changement de mode de pensée.
C'est ce modèle qui déteint d'abord sur les logiciels, chaque noeud du réseau diffusant ses modifications de logiciels, puis sur d'autres contenus (artistiques, politiques, économiques etc).
Changer la façon dont les gens échangent et coopèrent entre eux a une influence directe sur la façon dont le savoir se construit, et sur la société qui en découle.
La liberté d'expression, au 21e siècle, ne peut pas se réfléchir sans penser à Internet exactement comme elle ne pouvait pas se réfléchir avant, sans penser à la presse et à l'imprimerie. L'article 11 de la Déclaration des Droits de l'Homme de 1789 cite la liberté de s'exprimer, d'écrire et d'imprimer ; le Conseil Constitutionnel* considère que cet article protège, forcément, l'accès à Internet comme moyen essentiel d'exercer cette liberté.
Qui veut lutter contre ?
Comme l'imprimerie a bouleversé le monde, elle a eu ses détracteurs. On a considéré les bibles imprimées comme hérétiques par exemple, attitude à rapprocher de celle des moines copiste de DVD d'aujourd'hui ; le parallèle étant tellement saisissant. Jusqu'au 18e siècle, l'imprimerie était un privilège royal, attitude à rapprocher de celle des gouvernements voulant «labéliser» le contenu d'Internet pour lui donner un imprimatur officiel**.
Internet, libre et ouvert, tel que nous le connaissons, est remis en question par ceux-là mêmes qui sont bousculés par les changements qu'il induit.
Au premier rang, des industriels, dont l'industrie est mise en péril, devenue obsolète.
Juste après, d'autres industriels, qui aimeraient le transformer en outil uniquement destiné à faire commerce et dont ils auraient la maîtrise.
Et, bien entendu, la sphère politique, qui est profondément déstabilisée par la capacité qu'ont les citoyens de s'exprimer par des voies mal maîtrisées, qui sortent des partis ou des syndicats.
Internet Libre ou Minitel 2.0 ?
Le centre d'un réseau est un point simple à contrôler. Par exemple, la rédaction d'un organe de presse : il est plus simple de contrôler la direction de la rédaction que chacun des journalistes.
Internet n'ayant pas de centre, son contrôle est par principe impossible.
Une des tendance de fond aujourd'hui est de faire évoluer Internet vers un réseau plus proche du Minitel — centré —, où contenus et services sont aux mains de quelques grands groupes — puissants —, et pouvant ainsi contrôler l'expression. Il suffit de penser aux places centrales occupées par quelques entreprises (Google, Facebook, Yahoo ou MSN par exemple) pour comprendre l'enjeu.
Laisser Internet basculer dans ce modèle, c'est renoncer. C'est accepter que l'imprimerie soit privilège royal, et c'est ouvrir la porte à un contrôle politique peu acceptable dans une démocratie moderne.
La neutralité du réseau, la non centralisation d'Internet, la liberté de communication en ligne, ce sont les enjeux principaux sur les libertés au 21e siècle. DCL
* Décision de juin 2009 contre la loi HADOPI
** Tribune libre de Franck Louvrier, conseiller de la présidence de la
République dans le Monde du 22 août 2009

QUELQUES CONSEILS POUR VOTRE PROTECTION
par Roland C Wagner
Roland C. Wagner est écrivain de science fiction. Il a publié plus de cinquante romans et a reçu de nombreux prix : le Prix Tour Eiffel, le Prix Rosny Aîné, le Grand Prix de l'Imaginaire. Engagé dans le Libre, il fait partie du groupe Brain Damage qui publie ses musiques souslicences libres. Brain Damage existe depuis 1977. http://dogmazic.net/brain_damage
La Loi de Protection de la Population (LLP) entrera en vigueur dans quelques jours. Afin de vous aider à faciliter sa mise en application, voici quelques conseils du ministère de l'Intérieur, de la Sécurité et de la Protection du Public.
Nous vous rappelons tout d'abord que, pour vous protéger, il est indispensable de pouvoir vous localiser en permanence. Il est donc fortement conseillé de vous faire injecter sous la peau une puce RFID* qui permettra de savoir à tout moment où vous vous trouvez pour pouvoir vous venir en aide en cas de problème. Le port d'un bracelet GPS agréé par le ministère de la Santé et de la Technologie médicale est cependant bien plus sûr, notamment si vous passez du temps hors des ZPUP (Zones et Périmètres Urbains Protégés). Nous vous rappelons également que la puce RFID vous évite le désagrément des contrôles de vérification dans l'espace public car elle permet de connaître votre identité à distance.
Lorsque les techniciens chargés d'équiper votre logement en matériel de protection se présentent à votre domicile, montrez-vous aimable et souriant avec eux. Répondez à leurs questions de manière claire et précise, ne cherchez pas à les influencer ; ils ont été formés à ce travail et savent bien mieux que vous où placer micros, caméras et détecteurs de fumée — dont nous vous rappelons qu'il est formellement défendu de gêner le fonctionnement. Des facilités de paiement seront accordées aux familles dont tous les membres vivant au foyer auront choisi la puce RFID. Néanmoins, ce crédit, dont la durée ne saurait dépasser dix-huit mois, sera immédiatement annulé en cas de tentative pour extraire la puce ou en brouiller les émissions ainsi que d'atteinte au matériel de protection installé chez vous et dans votre véhicule.
Pour faciliter la tâche des opérateurs, nous vous demandons instamment de laisser la lumière allumée et de vous livrer à tout acte de type sexuel dans le champ d'une caméra ; cela permettra de vous avertir aussitôt si vous vous laissiez aller à une pratique de ce type risquant de vous mettre en danger. Comme il n'y aura pas de caméra dans les toilettes, il est déconseillé d'y entrer à plusieurs, et strictement interdit à un adulte d'y entrer en compagnie d'un mineur. La lutte contre la pédophilie, l'un des principaux objectifs de la LPP, en sortira renforcée. Nous attirons votre attention sur le fait que les détecteurs de fumée se déclencheront uniquement en cas de consommation de tabac ou de substances illicites. Vous pouvez donc continuer à faire des frites ou des grillades… Mais attention à ne pas provoquer d'incendie car les détecteurs ne sont pas conçus pour cela.
Si la police vient sonner à votre porte, ouvrez sans tarder et faites entrer les policiers. Ne les obligez pas à réclamer une commission rogatoire qui serait une perte de temps pour eux comme pour l'institution judiciaire.
Ces mesures sont transitoires. Le gouvernement, soucieux d'améliorer la protection de la population, travaille activement à trouver des moyens de contourner la censure du Conseil constitionnel sur plusieurs points du projet de loi.
L'ensemble de la population, déjà protégé grâce au filtrage d'Internet, bénéficiera bientôt d'une protection totale et permanente, aussi bien dans la rue que chez soi, dans les transports en commun qu'à bord des véhicules individuels.
Être protégé, c'est être libre.DCL
* de l’anglais Radio Frequency IDentification, technologie inoffensive
d'identification radio.
** de l'anglais Global Positioning System, technologie inoffensive de
positionnement géographique par satellite.

EDITO
pour un numéro 1
1986, je viens d'avoir mon bac à Tokyo. Mon prof de philo me file des exemplaires d'une revue qu'il publiait dans les années 70. Dans l'ours, cette mention : « la totalité du contenu écrit de STP* est ouverte à toutes formes de reprise, détournement ou reproduction. Pas de copyright. »
Le Libre n'est pas né d'hier.
Terry Hancock**, acteur du libre et contributeur à Free Software magazine, évoque le conte traditionnel africain d'Anansi, l'araignée qui voulait détenir tout le savoir du monde dans sa calebasse, pour elle toute seule. Elle réalisera que le vrai savoir n'est pas de le posséder mais de le partager***.
Le libre n'est pas né d'hier.
C'est une vision du monde, une façon d'être au monde qui peut être familière à n'importe qui. Internet et les licences libres sont des outils fabuleux pour faire valoir cette liberté qui renvoie à des notions très simples de partage, d'entraide, d'empathie, de coopération, de don, d'écoute, d'action.
« Le Problème avec la musique » est un article écrit en 1994 par un ingé son et artiste mondialement renommé pour ses talents de producteur, Steve Albini****. Il dévoile la réalité de l'industrie du disque: signer avec une major, c'est tout simplement se faire avoir. Toute la chaîne s'engraisse sur le dos des artistes.
Moses Avalon, ancien producteur de disque, le raconte, lui, par le détail dans ses livres*****. Dans le documentaire Before the Music Dies, Andrew Shapter montre comment l'industrie de la musique est en train de tuer la musique... Fin de la diversité, fin de l'art. Juste du business.
Le Club des 13 est le collectif de réalisateurs français de cinéma indépendant réunis à l'initiative de la réalisatrice Pascale Ferran. Leur rapport détaillé sur toute la chaîne de production de l'industrie du cinéma français****** décortique chaque problème un à un. Il en ressort que la logique commerciale, la logique de la rentabilité à tout prix (si possible à court terme), l'emporte sur le film. Qui n'est plus une œuvre, mais un produit d'appel pour engranger des bénéfices. Pour la télévision et son temps de cerveau disponible bien entendu*******.
André Schiffrin a dirigé Pantheon Books, une grande maison d'édition indépendante américaine. Il a publié Foucault, Sartre, Chomsky, Kafka. Dans l'Edition sans éditeur, il décrit comment le rachat de Pantheon par un groupe financier a tué son indépendance. Pour l'éditeur soucieux de qualité éditoriale, un best-seller est une aubaine. Les bénéfices servent à financer la publication des auteurs qu'il estime importants d'éditer.
Par la mutualisation des bénéfices, l'éditeur équilibre sa survie et son indépendance. Une indépendance qu'un groupe financier ne remettra jamais en question. Les problématiques éditoriales lui importent peu. Ce qui compte, ce sont les bénéfices. Alors tôt ou tard, le groupe imposera sa règle comptable : chaque livre doit être bénéficiaire. C'est la mort de l'indépendance éditoriale. Dans le Contrôle de la parole, André Schiffrin réitère et parle des maisons d'édition françaises. Où il se passe la même chose.Dans tous les domaines de la culture, des forces verticales, colossales, invisibles de violence — cathédrales d'oppression —, jouent pour calcifier les substances qui nous nourrissent intérieurement.
Les licences libres ne sont que de simples outils juridiques. Mais ils légalisent face à l'humanité toute entière ce vœu : je veux contribuer au bien commun par la circulation sans entrave de mes œuvres. Et le démocratisent. Car c'est à la portée de tous. C'est dérisoire, mais c'est énorme.
Et c'est au-delà des histoires de gratuité, de téléchargement légal, au-delà de la fausse idée des licences libres qui protègent les œuvres ou qui servent à avoir plus de visibilité********.
Les licences libres sont plus ou moins permissives mais toutes cassent la verticalité de l'exclusivité.
Par le maillage non hiérarchique que la non exclusivité induit, les licences libres actualisent constamment ses fondements éthiques (promesse d'une société plus équitable ?). Et permet un retour au respect mutuel du savoir.
Le savoir n'est pas dans le contenu. Le savoir — rappelons-nous Anansi — c'est un acte. Point de départ à l'indépendance de la pensée. Et donc au respect de la pensée. De la diversité des cultures libres.
Le problème n'est pas tant le commerce, ou l'exclusivité. Le problème, c'est la concentration.
Le Libre offre le contre-pouvoir de la multitude hologrammatique.
Je ressens le besoin impérieux d'un maillage de réseaux transversaux dans le monde physique. L'internet acentré et libre peut déteindre positivement sur notre conception du monde. Le «libre» ne se fait pas par en haut. Il est fait au quotidien par des personnes.
Pour ma part, je voudrais que cette publication papier (que je souhaite régulière) soit un point d'arrêt physique qui recueille témoignages et réflexions de cette diversité de personnes qui tisse au quotidien ce maillage exploratoire. (TO)
* Bimestriel d'analyse-critique de la BD de Thierry Lagarde.
** Il vient de publier Achieving Impossible Things with Free Culture and
Commons-Based Enterprise.
*** Ceci dit, la sagesse n'est pas l'apanage des sages : Euclide considérait
que la Mathématique devait rester un savoir secret.
**** Nirvana, the Stooges, PJ Harvey, les Pixies, Robert Plant & Jimmy Page
etc.
***** Confessions of a record producer
****** Le Milieu n’est plus un pont mais une faille. Stock.
******* Ce que Patrick Lelay, PDG de TF1, vend à Coca-Cola
******** car les oeuvres ne circulent, ne sont modifiées etc. que si les gens
les font circuler, les modifient etc.
Quelques licences libres...
Il existe différents types de licences libres selon que les oeuvres se rangent dans la catégorie des outils, des œuvres esthétiques, des œuvres expression de la pensée.
> GNU GPL
> Creative commons
> Licence Art Libre
Ces trois-là sont populaires mais il en existe bien d'autres !...
Par contre, il manque encore sans doute une licence de type modulaire qui soit issue du droit d'auteur (Creative Commons étant issu du copyright).
http://fsffrance.org
http://fr.creativecommons.org
http://artlibre.org

LOGICIEL LIBRE
par Jean-François Nifenecker
Jean François Nifenecker est président de l'ABUL (Association Bordelaise des Utilisateurs de Logiciel Libre) et commissaire des Rencontres Mondiales du Logiciel Libre 2010. http://www.abul.org
La rumeur voudrait que les expressions «logiciel libre » et « logiciel gratuit » soient synonymes. Il n’en est rien : un logiciel peut être à la fois libre et payant ; inversement, un logiciel peut être gratuit (freeware) mais non libre. Ce qui différencie fondamentalement les uns et les autres est la licence sous laquelle ils sont diffusés.
Le logiciel libre, qu’est-ce que c’est ?
En dix mots : un logiciel libre est un logiciel sous licence « libre ».
Précisons qu’une licence dite « libre » donne à chacun — et sans contrepartie — quatre libertés : utiliser le logiciel, l'étudier, le modifier, le dupliquer pour le diffuser (donner ou vendre). Les logiciels libres les plus connus sont le navigateur Mozilla Firefox et la suite bureautique OpenOffice.org, mais il faut savoir que les «moteurs » invisibles du web sont très majoritairement libres.
La licence libre la plus connue est la GNU General Public license (GPL). Il existe également des licences libres dans des domaines non informatiques : licences Creative Commons, Art Libre etc. Un logiciel qui n’est pas libre est appelé « logiciel propriétaire ».
Vous avez dit licence ?
L’auteur d’un logiciel conserve, dans tous les cas, un droit moral sur l’œuvre. Il accorde des droits sur son logiciel via un document (la licence) qui précise les droits accordés à l’utilisateur (installer le logiciel sur un seul ordinateur, l’utiliser etc.). L’utilisateur n’est jamais propriétaire du logiciel. Ce qu’il acquiert est le droit de l’utiliser.
Naissance
C’est Richard Stallman, un universitaire américain — dont la culture est, à l’instar de tous les universitaires de la terre, celle du partage du savoir — qui est à l’origine des licences libres.
Il pose au milieu des années 80 les bases de ce qui deviendra la licence GPL et décrit les quatre libertés de l'utilisateur présentées plus haut.
Parallèlement, il entreprend le développement d’un système d’exploitation libre : le projet GNU (GNU’s Not Unix) qui œuvre pour une libre diffusion des connaissances visant à ne laisser l’homme devenir ni l’esclave de la machine et de ses programmeurs, ni de cartels monopolisant des connaissances en fonction de leurs seuls intérêts. Pour mieux diffuser ses idées et aider à leur financement, Richard Stallman crée la Free Software Foundation (FSF).Pour quoi faire ?
L’objectif du logiciel libre est de favoriser le partage et la libre circulation des idées qui garantissent le progrès technique et social.
Les logiciels libres agissent pour cela sur plusieurs leviers. En particulier sur l’utilisation de formats de données ouverts. Les formats ouverts sont aux données ce que la publication du code source est au logiciel. La manière dont les données sont enregistrées est publique, ce qui facilite la création de logiciels compatibles. Au contraire, les logiciels propriétaires*, en cachant la façon dont les données sont enregistrées, les contrôlent ; de telle façon que, peu ou prou, ces données appartiennent à l’auteur du logiciel (ou à son éditeur) et non plus à l’utilisateur.
L’emploi de logiciels libres garantit à leur utilisateur le total contrôle des informations qu’il manipule, à la fois dans le temps et dans l’espace.
D'où ça vient ?
Le développement de logiciel a un coût. Comment se fait-il alors que de nombreux logiciels libres soient gratuits ? Cette gratuité — qui n’est qu’une apparence — s'explique.
Tout d’abord, le développement ne coûte qu’une fois et ne supporte ensuite que des frais de duplication très faibles. Si le commanditaire des développements décide de les libérer, le coût en est donc absorbé. Si ce commanditaire est un groupement d’entreprises ou d’institutions publiques, alors ce coût est dilué.
En outre, le développement en libre favorise la diffusion du logiciel à travers le fourmillement des bénévoles qui, chacun à leur niveau, sur toute la planète, collaborent à sa construction, à la documentation, à la traduction, aux tests...
Et puis, il existe de nombreuses entreprises qui, parfois non sans arrière-pensées commerciales, participent aux développements ou libèrent leurs propres logiciels...
Tous ces efforts mis côte à côte permettent d’amener aux utilisateurs des logiciels de grande qualité, sûrs, testés, évolutifs et dont ils resteront les maîtres.
Le Logiciel Libre en Aquitaine
Grâce à des acteurs très actifs et à l’ouverture des élus locaux, le Sud-Ouest est la région de France où les logiciels libres ont pris la plus grande importance. Tous les départements comptent des groupes d’utilisateurs de logiciels libres (LUG), souvent constitués en associations. Du Gers (les GNUsquetaires) à la Dordogne (Mammoutux) en passant par le Pays Basque (Euskalug) et les Landes (Landinux), sans oublier la région bordelaise (ABUL, Giroll), des passionnés montrent les usages et promeuvent les valeurs de partage qui, mieux que toute autre, permettent le progrès social. L’agglomération bordelaise a vu en 2000, sous l’impulsion de quelques fous de l’ABUL, la naissance d’une manifestation internationale s’adressant chaque année à tout publics et d’accès totalement libre: les Rencontres mondiales du logiciel libre (RMLL). Nantes a accueilli en 2009 près de 5000 visiteurs venus assister à plus de 300 conférences, ateliers et démonstrations et visiter les stands d’une cinquantaine d’associations. La prochaine édition aura lieu à Bordeaux du 6 au 11 juillet 2010.
Le département de la Gironde et la région Aquitaine ont également une volonté politique forte de promouvoir les nouvelles technologies de la communication (TIC), en particulier par l’installation d’infrastructures modernes de réseau maillant le département (projet Gironde numérique) et la région. Nul doute que les logiciels libres donneront un contenu riche à cette infrastructure, permettant ainsi d’amener une activité économique de pointe bien au-delà des grandes métropoles. DCL
* Stallman préfère employer l'expression « logiciel privateur ».

COMPRENDRE LES CONTENUS LIBRES
Par Nina Paley
Nina Paley a mis cinq ans à écrire,
dessiner, animer, réaliser, produire seule son film d'animation Sita chante le blues qui rencontre un
grand succès à travers le monde, le film ayant déjà remporté une
trentaine de prix et récompenses. Partisane de la gestion individuelle,
la réalisatrice a choisi de diffuser son film sous licence
libre...
Qu'un auteur autorise la circulation sans entrave de ses œuvres
laisserait croire à un renoncement à toute forme de revenu. C'est l'inverse
qu'elle vous soutiendra.
Très pragmatique, Nina Paley a délibérament opté pour le Libre car elle
considère qu'elle gagnera bien plus d'argent en libérant son œuvre qu'en le
gardant enfermé dans le carcan figé du copyright où toute copie non autorisée
est illégale. Elle va même plus loin : elle a choisi une licence libre* qui
incite à l'appropriation du film. Ainsi, n'importe qui peut librement créer,
fabriquer, vendre des œuvres nouvelles, des adaptations, des produits dérivés,
en toute légalité et en toute liberté.
Voici comment elle décrit sa démarche...
Un contenu est une ressource illimitée. Aujourd’hui, les gens peuvent faire des copies parfaites de contenus numériques pour rien. C’est pour cela que nombre de personnes pensent que les contenus ne coûtent rien** — mais c'est parce que leur copie ne coûte rien. Et c’est une BONNE CHOSE.
Pensons «contenu» (la culture) comme de l’eau. Où va l’eau, fleurit la vie. Le contenu est libre, comme l’eau dans la rivière.
Les contenants — les objets physiques comme les livres, les DVD, les disques durs, les vêtements, les poupées, les imprimés — ne sont pas gratuits. Ce sont des ressources limitées. Nul ne s’attend à ce que ces objets soient gratuits et les gens ne trouvent pas de problème à les acheter pour les avoir.
Il faut penser «contenants» — livres, DVD, disques durs — comme des récipients ou des pots. Et ces pots apportent une utilité qui accroissent la valeur de l’eau.S'il vous est possible d'aller boire gratuitement l’eau à la rivière, tant mieux — et cette liberté ne réduira en rien la valeur des récipients. Bien au contraire. Plus les fleuves peuvent s’écouler, plus l’utilité et la valeur des récipients augmentent.
Utiliser des ressources illimitées pour vendre des ressources limitées
Restons sur cette métaphore de l'eau : les monopoles du copyright sont des tentatives d'édification d'immenses barrages pour un contrôle total des flux naturels et n'accorder qu'une distribution au compte goutte.
Lorsque les Grands Médias enferment la culture de cette façon, c’est comme s’ils enfermaient l’eau. Et une eau qui stagne ne donne rien de bon : les poissons meurent, les moustiques pullulent. L'eau faite pour circuler n’a plus ni source ni lieu où se déverser.
Artiste - Public - Entrepreneur
Les Artistes ne «détiennent» pas la culture. Ce qui leur appartient, par contre, c’est leur nom (BY = paternité).
Tout artiste qui a pu bénéficier du soutien d’une communauté de fans sait combien le pouvoir de son nom est récompensé de manière généreuse par le public. Les gens souhaitent notre prospérité. Ils veulent que leur argent et leur soutien nous parviennent.
En conséquence, la coopération entre un artiste et un fabricant de produits dérivés peut être très précieuse. Un livre dédicacé a plus de valeur qu'un livre sans dédicace. Les fabricants qui coopèrent avec les artistes — et qui notamment partagent leurs recettes avec eux — ont donc la bénédiction à la fois des artistes et et du public ; et pourront vendre encore plus de produits pour plus de chiffre d'affaires.
Creator Endorsed Mark
Ayant choisi de diffuser mon film sous licence Creative Commons CC BY SA, n'importe qui peut fabriquer et vendre des produits dérivés issus du film sans m'en demander la permission. Mais ceux qui partageront leurs recettes avec moi peuvent apposer ma signature ou encore le label Creator Endorsed Mark sur leurs produits qui seront ensuite mis en avant sur mon site web et portés à la connaissance de ma communauté de fans par le bouche à oreille.
Des produits concurrents peuvent très bien être commercialisés sans mon approbation. S'ils sont moins chers, de meilleure qualité, ou plus facilement disponible, ils peuvent tout à fait se vendre mieux que les produits labélisés Creator Endorsed Mark. Pourquoi ne le seraient-il pas ?
La compétition peut être une bonne chose. C'est même d'autant plus motivant dans un partenariat avec un fabricant de veiller au respect de ces critères : grande qualité, prix raisonnable, disponibilité. Il n'y a pas d'intérêt à faire concurrence à un bon produit. S'il existe une belle tasse Sita, une bonne adaptation romancée ou en bande dessinée à des prix abordables, pourquoi s'embêter à en produire d'autres ? Ou alors il faudrait que l'ouvrage concurrent ait de sérieuses qualités qui manquent au premier. Si la valeur ajoutée du concurrent est si grande que cela vaut plus que la valeur apportée par ma labélisation, eh bien tant mieux pour eux !
Retenez ceci : la liberté d'entreprendre, c'est aussi de la culture libre.
A présent, quelques questions courantes...
Pourquoi réaliser un livre quand le contenu est librement disponible sur Internet ?
Parce qu'il y a des limites à Internet. Vous ne pouvez ni toucher, ni sentir. La qualité des images se limite à celle de votre écran, qui peut même induire une fatigue oculaire.
Les livres ont une valeur en tant qu'objet qui dépasse la valeur intellectuelle de leur contenu : les livres sont portables, tactiles et invulnérables aux cou- pures de courant.
Sous forme de livre d'art, ils peuvent même avoir encore plus de valeur : pelliculage de qualité, couverture en relief, encres brillantes et mates, papier texturé, très hautes résolutions...
Les livres peuvent devenir de très beaux objets en soi. Dédicadés ils deviennent des œuvres d'art. Et sont objets de collection car ils sont en éditions LIMITEES.
Le public recherche toujours une relation privilégiée avec les créateurs. Même si le contenu est gratuit, bien des fans ont le désir d'un objet physique. Et par l'achat, ils savent qu'ils apportent un soutien à l'artiste. Les produits dérivés — les objets, comme les livres, les DVD, les vêtements — jouent un rôle d'intermédiaire dans la relation artiste/public.
Pourquoi le rendre disponible librement sur internet si c'est disponible sous forme physique (livre, DVD, CD etc.) ?
Parce que si l'œuvre est libre, elle se propage. Si l'œuvre est bonne, les gens vont en parler, le partager et en faire un vrai travail de promotion. Cette propagation accomplit tout ce que la publicité fait déjà. Et c'est bien : le Libre échappe à tout contrôle, le Libre, c'est une volonté de donner en partage et rien n'est ni forcé, ni imposé, ni martelé.
Plutôt que de dépenser des sommes astronomiques pour promarteler de mauvaises publicités dans le but de vendre des contenus verrouillés, libérez les plutôt ! Et laissez-les se répandre pour qu'ils se fassent leur propre publicité. Utilisez les ressources illimitées pour vendre des ressources limitées !
Oui mais même avec Internet, je dois faire de la publicité !
Peut-être. En fait, tout dépend de votre contenu et du temps dont vous disposez. Si votre œuvre est bonne, laissez le temps travailler! Une croissance «virale» est exponentielle même si les résultats ne sont pas immédiats.
Oui, vous pouvez faire appel à la publicité pour artificiellement attirer l'attention du public sur quelque chose qui ne semble pas les intéresser. Mais si l'œuvre n'est pas bonne, l'intérêt suscité cessera aussitôt que la publicité cessera.
Voilà notre vision du Libre. Ce n'est pas du communisme. Ce n'est pas du capitalisme tel que nous le connaissons — nous sommes loin des histoires de monopoles.
C'est la Culture Libre. Et c'est l'Entreprise Libre. DCL
* La licence Creative Commons CC BY SA qui accompagne l'oeuvre autorise sa
circulation libre et gratuite et toutes formes d'exploitation commerciale à
condition que : clause BY (paternité) = l'auteur soit toujours cité ;
clause SA (share alike = partagé dans les même conditions) = toute
reprise, modification, redistribution, commerciale ou non, se fasse sous la
même licence. Pour le cas particulier de son film, il y a une
restriction supplémentaire : les paroles et musiques des chansons
d'Annette Hanshaw ne sont pas libres.
** L'anglais free signifiant à la fois gratuit et libre, la traduction a
volontairement limité la subtilité de jeu langagier entre les deux
registres.

FREE MUSIC PHILOSOPHY, 15 ANS APRES...
par Dana Hilliot
Dana Hilliot est auteur, compositeur, essayiste, photographe et grand marcheur. Fondateur du label Another Record en 2001, il fait partie des précurseurs du libre. http://outsiderland.com/dissemination
Nous sommes en 1994. Ram Samudrala, jeune thésard en biologie moléculaire à la Ohio Wesleyan University, informaticien, et musicien (et philosophe), publie une série de textes sur le copyright américain et notamment une tribune : Free Music Philosophy* qui va constituer la pierre de touche du vaste édifice aux « Ram »-ifications (excusez le jeu de mots) complexes qu’est le mouvement copyleft aujourd’hui.
J’ai proposé, une dizaine d’années plus tard, dans mon essai intitulé de la Dissémination de la musique**, une analyse tendancieuse de ce texte. À l’époque, il me semblait important de mettre à jour dans le texte de Samudrala les soubassements idéologiques qui, à mon sens, en affaiblissaient la portée***. Je relevai notamment l’importance de la notion de dérivation (œuvres dérivées).
L’accent mis par Samudrala sur la représentation de la musique comme un flux et la prégnance perceptible dans ses propos du modèle des licences libres en informatique le conduisait à « naturaliser » en quelque sorte son objet, à adopter une structure de pensée réductrice, saturante, qui ne lui permettait pas d’envisager la complexité du problème et la pluralité des manières possibles de l’aborder. J’en appelai in fine au parricide – et avec le recul je prie R. Stallman de bien vouloir m’excuser d’avoir manié des termes aussi radicaux à son encontre.
Aujourd’hui, les choses ont bien changé. Ce qui me frappe en lisant à nouveau ce texte, par-delà l’assimilation de la création artistique à la production technique (le code informatique), c’est la préoccupation éthique dont il témoigne: «en quoi la libération de la musique est-elle éthiquement correcte?», demande Samudrala.
Voilà un type de considérations qui, aujourd’hui, alors même que les licences de libre diffusion atteignent le nirvana de la reconnaissance institutionnelle et du succès populaire (ou sont en voie de l’atteindre), paraissent tout à fait passées de mode.
Le succès des licences Creative Commons (CC) par exemple consacre d’abord un usage pragmatique des licences, non pas en vue de défendre un point de vue éthique et politique sur les œuvres de l’art et de l’esprit, mais dans une perspective beaucoup plus étriquée : gagner en notoriété, en visibilité, s’adapter à internet, voire : se faire de l’argent.
Les thèmes cruciaux chez Samudrala : faciliter le travail collaboratif, les dérivations, la circulation des idées et des œuvres ; ces thèmes ont quasiment disparu des sites les plus populaires comme Jamendo. Ce que confirme le remplacement de Lawrence Lessig à la tête de la fondation Creative Commons par Joi Itô, un informaticien-businessman très au fait des services web « sociaux ».
Creative Commons devient au fond une start up, dont le discours désormais s’adresse aux entreprises et aux consommateurs. Alors que, sous l’égide de l’initiateur des licences CC, l’universitaire Lawrence Lessig, c'étaient avant tout les artistes et les intellectuels qui étaient visés.
Je grossis évidemment le trait, mais il est patent quand on lit les dernières interviews du nouveau patron de CC, que la perspective éthique et politique est passée sous silence au profit de la neutralité et du business, comme dans ces propos qu’il a tenu dans le Figaro de décembre 2008: «Comme avec tous les responsables que je rencontre, j’ai présenté Creative Commons comme une infrastruc-ture neutre plutôt que comme un choix politique. Beaucoup de nos interlocuteurs pensent que nous sommes anti-business, anti-entreprise et marqués à gauche. Nous leur répétons donc d’abord que nous n’essayons pas de changer les lois, et nous n’avons aucun objectif politique.»
Nous sommes bien là à des années-lumière de la pensée de Samudrala.
Toutefois – et c’est pourquoi la situation actuelle est complexe – et donc digne d’être étudiée –, certains courants liés aux licences de libre diffusion reposent sur des conceptions tout à fait compatibles avec les thèses de notre biologiste moléculaire: ainsi, la mouvance gravitant autour de la licence Art Libre n’a jamais abandonné la référence à la première philosophie du logiciel libre et notamment à l’idée directrice forte d’un accroissement de la création par la dérivation et par la collaboration.
Autre héritage à peu près assumé: la perspective éthique et/ou politique. Actuellement en France, celle-ci se situerait plutôt du côté du site dogmazic.net de l’association Musique-Libre dont le forum est riche de nombreuses contributions.
Sur ce, je vous invite à lire ou à relire ce document préhistorique et à prolonger votre recherche en explorant la page consacrée aux pseudo-intellectuals ramblings qui recèle moults textes, parfois anecdotiques, parfois très inspirants.
Et merci à Monsieur Samudrala pour son coup de génie ! DCL
* Pour lire le texte, scrooglez les mots-clés : samudrala, philosophie,
musique, libre.
** Pour lire l’essai, scrooglez : dana, hilliot, dissémination, musique.
*** Chapitre 6-1 : « d’uneembarrassante paternité »

[Bientôt, suite et fin !]
Publié le samedi 26 septembre 2009 par JDCL

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